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Vign_marnasmaryline

Une lecture de Maryline Marnas (du blog les lectures de Maryline)

Après avoir dégusté "2401" (un thriller) et dévoré "Contes bizarres 1", l'auteur a eu la gentillesse de me proposer son deuxième "Contes bizarres" à la lecture et je l'en remercie.

Et si celui-ci était encore meilleur que le premier? Non! Ce n'est pas possible! Un deuxième opus n'est jamais meilleur qu'un premier, c'est même parfois celui de trop... Et bien Bob Boutique a réussi une belle prouesse en faisant bien mieux (et pourtant le premier était déjà un coup de cœur!).

Tout comme dans le premier tome, ce sont des contes commençant tous par "Il était une fois", mais en fait, ce sont des petites nouvelles drôles, effrayantes et parfois même émouvantes. Et elles ont tous le point commun d'avoir une fin... rocambolesque? bête? bizarre? Farfelues? Je ne sais pas quel mot utilisé mais je pense qu'ils peuvent tous les qualifier finalement. Des sortes de faits divers abracadabrantesques qui font sourire...

la suite sur  http://leslecturesdemaryline.eklablog.com/contes-bizarres-2-a128033258

 
 
 
Vign_sabam1

Peut-être la meilleure analyse de ces contes par l'écrivaine et amie Barbara Flamand
 
Imaginez un plombier bruxellois qui hérite d’une île de l’archipel des Shetlands dans l’Océan Atlantique au Nord de l’Ecosse. .. Imaginez la traversée de l’océan dans un Ferry, par une nuit noire, d’énormes vagues frappant sauvagement la coque, « comme si le diable faisait bouillir l’océan dans une énorme marmite » et enfin, l’arrivée sur l’île où se dresse le château, future propriété du plombier bruxellois. Magnifique ! Mais…l’occupante des lieux a conçu un plan machiavélique… (« Lady Mary », vol. 1)

(« La grosse » vol. 1) dont le conteur trace un portrait aussi pittoresque que cruel, machiavélique elle aussi, en se vengeant d’une manière explosive et radicale des moqueries et du mépris de ses voisins.

Dans (« Il était une fois » vol.2), un écrivain en mal d’inspiration qui, sous la plume du conteur ressemble à « une poule qui attend sur on perchoir un œuf qui ne veut pas venir », cet écrivain tombera dans le guet-apens criminel d’une auteure de Budapest qui l’a plagié. (Internet, arme à double tranchant, est pour beaucoup dans la fatale rencontre)

Drame violent de la jalousie dans (« Viva Espana » vol. 1).

En voilà des meurtres ! Et je devrais encore citer « La géhenne », conte dans lequel la meurtrière est si raffinée qu’on en reste pantois.

Ces contes bizarres sont-ils en fait, des nouvelles policières ? Non, ce sont des contes par le type de narration ; d’ailleurs, ils commencent par « Il était une fois ». Si l’héritage du brave plombier bruxellois relève de l’extraordinaire, la plupart des autres contes prennent leur départ dans notre réalité, et même une réalité souvent banale qui va progressivement, ou subitement, dériver vers un inattendu tragique, mais un tragique traité avec légèreté comme si cette fin allait de soi : « Et il arriva ce qui devait arriver. » et se plaçait parmi les normes courantes.

Cette réalité banale dans laquelle l’auteur insuffle son imaginaire n’aboutit pas chaque fois à des meurtres. Le suicide est également « ce qui devait arriver » Qu’il est sinistre ce Bob Boutique ! Pas du tout ! Pensez à Alphonse Allais dont les contes ne se privent ni de meurtres, ni de cruautés et qui passa pour un conteur comique…

Si tous les meurtres sont à l’actif des femmes, les suicides, eux, sont au passif des hommes (si je puis utiliser ces termes en de telles circonstances.) Ainsi (« Le petit Monsieur à moitié chauve et un peu gros » vol.1). Qu’il est cocasse et pathétique, ce petit Monsieur assis sur un banc dans un parc désert sous une pluie battante. Et qui va mettre fin à ses jours d’une façon aussi drôle que ne l’est sa personne. Mais…un événement, tellement imprévisible sous cette pluie torrentielle, va le dérouter tout à fait : l’arrivée d’une petite fille.

Ce qu’il y a de plus bizarre comme petite fille – jugez-en ! « Une frimousse lunaire enveloppée dans la capuche d’un K-way rose bonbon, avec de grandes lunettes rondes sans monture, qui font office de loupe et agrandissent ses yeux verts. » et qui brandit au-dessus de sa tête « un parasol de plage multicolore » « On dirait un lutin fou sorti tout droit d’Alice au pays des merveilles, avec une belle porte de garage dans sa denture supérieure » Et c’est à cause de cette porte de garage que, dans son babillage, tous les s sortiront comme des f, ce qui ajoute un piment à la situation tragi-comique de ce pauvre désespéré.

(« Monsieur Albert » vol.2) autre petit homme insignifiant, le quatrième d’une bande de quatre à l’école primaire, qui fut toujours le dindon de la farce, que la grand-mère consolait en l’assurant qu’il les enterrerait tous, Monsieur Albert, après avoir assisté à l’enterrement des trois autres, heureux d’être le survivant, comme l’avait prédit son aïeule, se suicide gaiement.

Jef, autre antihéros de (« La ligne rouge » vol.2) , délaissé par sa femme, et qui va se donner un mal de chien pour paraître un homme cultivé en vue de séduire une bourgeoise, femme de médecin, Jef qui arrivera à ses fins mais ne pourra honorer sa conquête, va dire adieu à la vie.

Et puis, il y a les morts absurdes comme celle du joggeur dans (« L’écureuil » vol.2), de la joggeuse dans (« Le bunker de Hitler » vol.1) Comment un écureuil, exceptionnellement beau, il faut dire, comment peut-il, en fuyant devant son admirateur, un homme tout ce qu’il y a de plus normal, amener celui-ci à s’enterrer involontairement ? Comment une joggeuse, peut-elle courir vers une impasse mortelle ? Extravagance de l’imagination du conteur ? Non. Par un processus aussi logique qu’inexorable. J’ajoute que le lieu de perdition n’a rien d’étrange, nous le connaissons, c’est la forêt de Soigne. C’est une des caractéristiques du conteur d’associer aussi naturellement le non-sens et le possible ou encore le hasard que l’on aurait cru improbable.

Cette aisance nous la retrouvons dans (« Sangria » vol.2) Un homme au volant de sa voiture alors qu’il a bu un verre de trop, renverse une femme à vélo et prend la fuite. Cette victime (qui restera handicapée) n’est autre que la mère de son aimée. Mais « peut-on aimer avec un remords caché au fond du cerveau ? Comme un rat dont les yeux brillent dans l’obscurité d’un égout ? » Comment dire plus juste ? Comment dire mieux ? Bien que le conte soit d’une facture aussi légère que les autres, la gravité surgit. Bien entendu la fin, due à cet improbable hasard, est imprévisible, balancée entre le risible et la catastrophe.

Les manies et travers de l’époque offrent une matière exploitable au conteur. L’usage de l’ordinateur, par exemple. Dans (« A+ » vol. 1), il joue un tour pendable à un fringant octogénaire. (comme dans « Il était une fois » à l’écrivain.) « A+ » masque un certain pathétisme sous un style truculent.

Il est vrai que cette truculence est commune à tous les contes, et qu’un pathétisme sous-jacent se laisse saisir à maints endroits : « La grosse », « Le monsieur à demi chauve ». Plus évident dans (« Télé » vol.1) dont le médiocre personnage « un type qui ne ressemblait à rien {…….}le gars tout désigné pour faire un hold-up à visage découvert, car personne n’aurait pu le décrire… » Ce personnage vit u rythme du ménage d’en face et regarde leur télé, grâce à sa longue-vue jusqu’au jour où…Fin tragique à nouveau, assez poignante bien que Bob Boutique se garde bien d’appuyer sur la corde sensible et se contente de traduire par les propres mots et gestes de son antihéros sa détresse.

L ‘ordinateur peut conduire à des drames : « Pussy » l’histoire d’une vacancière imprudente qui , par internet, organise des vacances en Suède avec un garçon dont elle ne connaît que la taille d’un mètre nonante-deux et les yeux bleus.. Elle échappera de justesse au pire.

A part quelques exceptions, le conte prend racine dans notre réalité dans laquelle la violence se libère de diverses façons, dans la destruction de l’autre ou sa mutilation, comme dans (« Tiquetique » vol.2) Dans (« Il neige » Vol. 1), il en verra de la violence le « brave père de famille bruxellois qui regardait un match de foot à la télé en grignotant toutes sortes de saloperies chocolatées et en se versant force tasses de café. » Croirait-on qu’en allant sauver sa femme du pétrin, - égarée en voiture avec leur enfant dans une campagne ensevelie sous une neige aussi subite qu’abondante, alors que la nuit tombe - ce brave va au-devant d’une aventure dont il se souviendra jusqu’à la fin de ses jours. Tout commencera quand il frappera à la porte d’une ferme après avoir péniblement trouvé un chemin. C’est derrière cette porte qu’il vivra une scène aussi violente que celles diffusées si complaisamment par la télé . Dieu merci ! Lui, sa moitié et sa progéniture seront sauvés. Car il arrive que le Bien triomphe du Mal. Même dans le pire des mondes.

C’est bien ce qui se passe dans (« Une âme simple » vol.2), conte dans lequel intervient, très cocassement, le surnaturel. La fille du diable « qui était si jolie, qu’il faudrait tout un chapitre rien que pour parler de la beauté de son orteil droit » qui « ne marchait pas, elle ondulait comme un voile de gaze dans la brise. », cette fille mandatée par Satan pour faire « les trucs les plus dégueulasses » et lui fournir des âmes de haut prix, dont l’âme simple, fut vaincue par celle-ci justement.

(« L’idiote » vol.2) et (« Les menteurs et les vériteurs vol.2) ne sont pas de note région et ils tirent honorablement leur épingle du jeu dans le combat du Bien contre le Mal ou du Mal contre le Bien, si l’on préfère. Ils ont surgi de l’imaginaire du conteur, un imaginaire totalement loufoque, comme celui de (« Ma petite chérie » vol. 2) Petite Chérie étant une princesse dans l’attente de son prince charmant, le Prince Ernest de la dynastie des Van de Meulebroeck , nom qui donne déjà le ton du récit dont la fin catastrophique sera follement comique ou…peut-être tragi-comique ?

Que le conte prenne source dans le quotidien banal ou moins banal, ou dans une étincelle qui met le feu à l’imagination du conteur, la suite va couler en jets fantaisistes, humoristiques, et très irrespectueux de la rhétorique.

Bob Boutique a son style. A première vue, il peut paraître jeté. Non, il s’agit d’un savoir-faire qui s’affirme dans la structure même du récit, dans le trait des portraits qui filent vers la caricature, en accord avec les inventivités du langage ; par ailleurs, il suffit de quelques mots suggestifs pour éclairer le personnage : « Il était une fois une bonne femme qui poussa un cri d’effroi en s’apercevant, devant le miroir en pied de sa garde-robe, que son ventre avait pris la forme d’un plum-pudding ! »

Aisance dans des comparaisons étonnantes d’originalité, (originalité qui détermine déjà le choix des sujets), dans l’association du tragique et du burlesque. Les quelques rares citations – espace oblige - ne donnent qu’un mince aperçu des facettes de son écriture dont les tournures poétiques, telles : « …et voilà que le printemps entre dans la place, tout vêtu de neuf, avec son pourpoint vert et son chapeau à fleurs. »

Sa fantaisie ne l’écarte pas du souci de vérité dans les dialogues, ils calquent le parler ordinaire des personnages selon leur situation sociale, leur lieu de vie (Bruxelles, les régions flamandes) Les expressions bruxelloises, autant que les phrases en flamand sont traduites, évidemment. Ce langage populaire donne aux contes une saveur supplémentaire.

Il semble que l’auteur reste à distance de ses contes ; il décrit, raconte et – on le sait - « Ce qui devait arriver arriva. » Sous cet assemblage où éclatent violences et catastrophes, où se commettent des meurtres, où surgit l’Absurde, où les destins s’accomplissent souvent dans le pire, métamorphosés en contes dans une veine comique , d’un heureux pittoresque, s’étire – je l’ai dit déjà - une trame pathétique, celle d’un pauvre monde qui fait pitié tout en faisant rire, Cette impression est affaire personnelle. Tout ça est si bizarre… !

Barbara Y. Flamand

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